Réflexions préliminaires sur la pertinence de croisements disciplinaires et d’une comparaison d’études empiriques nationales sur le micro-travail de plateformes
Résumé
Cette contribution a pour objet de prendre la mesure de l’importance des choix méthodologiques qui président à l’élaboration du projet de recherche TRAPLANUM, projet interdisciplinaire et comparatif. En ce qui concerne les croisements disciplinaires quant à la définition du travail de plateformes et du micro-travail, un rapide tour de table montre que les différentes disciplines se renvoient la balle de la définition de la plateforme et du micro-travail. Pluridisciplinarité, interdisciplinarité et transdisciplinarité se répondent et prennent tout leur sens puisque, sans que chacune ne soit une nécessité absolue, elles ouvrent toutes la voie à une meilleure écoute des autres disciplines et une meilleure appréhension disciplinaire des définitions envisagées. On identifie un dialogue permis par l’originalité de la matière, son universalité et sa nouveauté.
En ce qui concerne la comparaison internationale et les choix opérés dans le questionnaire du projet, il apparaît que la logique juridique a présidé à l’établissement du questionnaire et lui donne une rationalité qui a permis aux experts de cinq pays d’en tirer des conclusions quant au fonctionnement et à l’appréhension juridique des éléments empiriques étudiés. Au-delà de la définition, s’est posée la question de l’élaboration d’un questionnaire sur le micro-travail qui permette d’avancer vers une meilleure compréhension de ce champ.
Introduction
Le projet de recherche TRAPLANUM
Définir le travail de plateformes et le micro-travail est un exercice nécessaire à son étude. Certains chercheurs affirment que, dans tous les cas, la mondialisation appelle des recherches interdisciplinaires et internationales du fait même des passages possibles et occurrents entre frontières
Cet article a pour objectif de prendre le temps de justifier la méthode choisie d’une comparaison de résultats empiriques par le biais d’un questionnaire réalisé dans cinq pays. Ce questionnaire, qui a servi de fondement à l’analyse développée dans le projet, a été élaboré par Emmanuelle Mazuyer et Thomas Prieur
En préambule à ces développements, nous présentons des réflexions préliminaires sur la méthodologie des croisements disciplinaires quant à la définition du travail de plateformes et du micro-travail (I). Celles-ci permettent dans un second temps des réflexions préliminaires sur la comparaison internationale et les choix opérés dans le questionnaire du projet TRAPLANUM (II)
I. Réflexions préliminaires sur la méthodologie des croisements disciplinaires quant à la définition du travail de plateformes et du micro-travail
Lorsque des chercheurs de plusieurs disciplines et de plusieurs pays se retrouvent pour aborder un thème donné tel que celui du travail de plateformes, il apparaît très vite nécessaire de revenir aux définitions et aux objectifs de chaque discipline, aux méthodes qui sous-tendent chacune et aux us et coutumes de chaque pays. Cependant, cet énoncé simple cache des incertitudes qu’il faut mettre en lumière (A) et appelle des précisions qui doivent permettre de définir nos objets : le travail de plateformes et le micro-travail (B).
A. Les difficultés méthodologiques des études entre les disciplines
Proposer une étude inter-, trans- ou même seulement disciplinaire requiert de se poser la question « du sens de la discipline, de sa fonction scientifique, institutionnelle et sociale »
Pour d’autres auteurs comme P. Bourdieu, cette situation « tend à faire oublier qu’elle ne résout que les problèmes qu’elle peut poser ou qu’elle ne pose que les problèmes qu’elle peut résoudre »
– la disciplinarité appartenant à la même discipline, des chercheurs travaillent de manière plus ou moins coordonnée sur des objets légitimes au sein de celle-ci (idées-forces du concept de disciplinarité : cloisonnement, fragmentation, communautés et paradigmes disciplinaires) ;
– la multidisciplinarité est un processus séquentiel dans lequel des chercheurs de disciplines différentes travaillent, à partir de leur propre point de vue, sur un objet d’étude plus ou moins partagé et ceci de manière linéaire et indépendante, sans véritable interaction (idées-forces du concept de multidisciplinarité : pluralité de disciplines, hétérogénéité, séquentialité, linéarité, juxtaposition) ;
– l’interdisciplinarité apparaît lorsque des chercheurs travaillent ensemble à partir de — et entre – leur point de vue disciplinaire sur un objet d’étude commun, de manière coordonnée et interactive. (idées-forces du concept d’interdisciplinarité : ce qui est entre les disciplines, interaction, interface, co-production, bi- ou multissociation, intégration, transfert ou emprunt de concepts ou de méthodes, hybridation) ;
– on trouve une transdisciplinarité lorsque des chercheurs travaillent pour développer un cadre conceptuel et méthodologique commun qui transcende les limites disciplinaires dans le but de résoudre un problème concret entre science et société (idées-forces du concept de transdisciplinarité : ce qui est au-delà et au travers des disciplines, transgression, résolution de problème, implémentation, participation, rapport science-société).
De la multi-, à l’inter- et la transdisciplinarité, se construit un décloisonnement progressif des frontières disciplinaires sur fond d’une dynamique sémantique fondée sur le seuil incompressible de la disciplinarité qui s’intègre dans un réseau de relations de plus en plus dense et interactif.
C’est ainsi qu’on comprend que « le processus interdisciplinaire en appelle à une démarche cognitive créative qui évoque le processus de « bissociation » décrit par Arthur Koestler
Certains voient dans l’interdisciplinaire ou dans le transdisciplinaire une façon de sortir de la « territorialisation scientifique », d’autres pensent mettre au jour les « manque-à-penser de la science, les lacunes dans les objets étudiés, les points aveugles des méthodologies »
B. Tentative d’illustration à la lumière de la définition de l’objet “travail de plateformes” et du micro-travail
Plusieurs études disciplinaires, interdisciplinaires, voire transdisciplinaires, ont permis d’approcher la notion de travail de plateformes
De nombreux auteurs se sont essayés à définir le travail de plateformes et le micro-travail. Ces objets sont est le réceptacle de conceptions et définitions diverses : une définition politique et normative sur la transformation des modes de distribution et consommation, une définition fonctionnelle ou économique centrée sur la fonction de mise en relation de la plateforme, et une définition juridique restant relativement vague et englobante
Il faudra mettre en exergue, lors de cet exercice, la façon dont chaque discipline pose des questions et propose des méthodologies différentes. Il faut aussi prendre conscience du danger qui consiste à restreindre une discipline à une vision subjective de celle-ci par celui ou celle qui s’en fait le rapporteur. Il faut alors humblement noter qu’un point de vue sociologique (par exemple) n’est qu’une des nombreuses approches sociologiques, de même qu’un théoricien de droit ne proposera pas une méthode similaire à celle d’un spécialiste du droit du travail. Ce constat ne doit néanmoins pas empêcher l’échange et l’appréhension d’un objet par plusieurs disciplines. Il convient juste de se rappeler qu’au sein d’une discipline, plusieurs interprétations, définitions peuvent voir le jour et donner lieu à controverses.
1. Le travail de plateformes numériques : vers des propositions inter- ou trans-disciplinaires ?
La notion de plateforme a été conceptualisée par l’économie industrielle dès les années 2000 dans le cadre de l’analyse de la configuration des marchés « bifaces » ou « multifaces » qui organisent les relations entre les acteurs
Sur le fondement de ces travaux, la Commission européenne présente dans une communication intitulée « Les plateformes en ligne et le marché unique numérique », une série de caractéristiques des plateformes en ligne : « leur capacité à créer et à façonner de nouveaux marchés à partir de l’accumulation de données personnelles, le fait qu’elles opèrent dans des marchés multifaces, qu’elles bénéficient d’effets de réseau ou qu’elles reposent souvent sur les technologies de l’information et de la communication »
Une approche portée par le management considère les plateformes numériques comme des intermédiaires des échanges. Selon A. Autenne et E. de Ghellinck
Plusieurs sociologues ont proposé des définitions du travail de plateformes. La définition proposée par Eurofound est très large : le travail de plateformes est « une forme d’emploi dans laquelle les organisations ou les individus utilisent une plateforme en ligne pour accéder à d’autres organisations ou individus pour résoudre des problèmes ou prester des services en échange d’un paiement »
Enfin, certains auteurs ont proposé des définitions interdisciplinaires, par exemple dans le champ des Industrial relations
Dans la lignée de la numérisation du travail
2. Le micro-travail
Le micro-travail est aussi un « objet carrefour » sécant qui n’est pas induit par une discipline. Il peut dès lors aussi naturellement trouver une définition interdisciplinaire
La spécificité de ce procédé par comparaison avec la tendance à la désintégration verticale de l’entreprise telle qu’identifiée par Hugh Collins en droit anglais
Le « crowdwork » peut être défini comme le fait qu’une entreprise demande à une plateforme en ligne de chercher quelqu’un capable de réaliser une tâche spécifique, détaillée et numérisée en échange d’une rémunération pendant une période donnée »
Le micro-travail est une catégorie du crowdwork en ce qu’il est limité à des petites tâches. S’il n’existe pas vraiment une typologie, on peut néanmoins identifier un certain nombre d’activités qui le constituent et qui vont du free-lancing au travail ubérisé entendu comme l’accomplissement d’une tâche ponctuelle contre rémunération ou compensation
Gadiraju et al. proposent de ranger ces activités dans six catégories : 1) trouver des informations (par exemple sur le web) ; 2) vérification et validation (par exemple vérifier qu’un tweeter est une vraie personne) ; 3) interprétation et analyse (par exemple classification de produits) ; 4) création de contenu (par exemple résumé d’un document ou retranscription d’un enregistrement audio) ; 5) remplissage de questionnaire (souvent académique) ; 6) accès au contenu (par exemple accéder à un site dans le but de lire, regarder ou visionner son contenu)
On note que cette typologie s’inscrit difficilement dans les champs disciplinaires, comme par exemple les typologies juridiques classiques consistant à distinguer entre les plateformes de travail en ligne et les plateformes de travail in situ (Uber)
Les exemples sont nombreux. Klebe et Weisse considèrent qu’il existait environ 2300 plateformes de crowdword en 2017
Ces deux définitions nous permettent de cerner l’objet de notre étude en le localisant entre les disciplines. Il faut ensuite entre le placer géographiquement entre les pays.
II. Réflexions préliminaires sur la comparaison internationale et les choix opérés dans le questionnaire du projet TRAPLANUM
Un rapide retour sur la théorie de la comparaison internationale (A) permet de construire et justifier les choix méthodologiques et le questionnaire du projet TRAPLANUM (B).
A. Théorie de la comparaison
La comparaison, même au sein d’une seule discipline, est encore un défi. Un retour sur l’histoire du droit comparé
Aujourd’hui, on peut définir le droit comparé comme « la science étudiant les droits étrangers »
S’est encore posée la question de savoir s’il fallait voir dans le comparatisme une véritable science ou une simple méthode
En ce qui concerne la substance de la comparaison, elle est diversifiée. Par exemple, en droit, l’intérêt de la comparaison se déplace pour porter tantôt sur des problèmes de technique, tantôt sur des problèmes de structure, tantôt sur des problèmes d’idéologie
La compréhension pyramidale du droit apparait inapte à prendre en compte l’interaction entre une pluralité d’ordres juridiques. Elle laisse alors sa place à une compréhension réticulaire du droit
Enfin, il faut ajouter plusieurs niveaux de complexification : la comparaison peut être nationale, mais aussi infranationale
Finalement, l’objectif sera la connaissance critique, l’étude des similitudes et des différences dans un contexte global, les emprunts juridiques et l’apprentissage des autres par les différences
B. Choix méthodologiques et questionnaire79
Comme nous venons de l’expliquer, pour définir les règles de la méthode comparative, il faut répondre aux questions suivantes : Comment sélectionner les unités à comparer ? Quel critère de comparaison choisir ? Comment construire l’objet de recherche, ainsi que le cadre théorique et analytique ? Quelle(s) méthode(s) d’analyse employer ? Comment interpréter les ressemblances et différences ? Comment rendre compte du travail de comparaison et restituer les résultats ?
Dans le projet TRAPLANUM, le choix a été fait d’étudier les changements potentiels des fonctionnements des plateformes de micro-travail selon le pays. La comparaison nationale permet de mettre en lumière — ou non-les similitudes des fonctionnements des plateformes de micro-travail dans les différents pays et ordres juridiques de l’étude, déterminant ainsi la force ou l’impact de la spécificité des ordres juridiques nationaux et des droits étatiques sur la création et le maintien de plateformes de micro-travail.
Il a été décidé d’avoir recours à la méthode d’enquête par questionnaire. Ce choix a été justifié par la nécessité d’avoir un protocole qui soit le plus stable possible d’un enquêteur à l’autre et qui soit facile à mettre en place et à remplir. Afin de coordonner au mieux le remplissage de ces questionnaires par les partenaires étrangers (Angleterre, Belgique, Canada, Espagne et Italie), le choix a été fait de le concevoir et de le diffuser en ligne via la plateforme Sphinx© online. Ainsi, les données étaient centralisées et accessibles à toutes les personnes concernées via la fonction de « reporting » et les échanges et questionnements pouvaient se faire plus facilement.
Les critères de comparaison choisis sont des éléments empiriques qui se retrouvent dans tous les pays. Ils visent à saisir le nature et les fonctions du micro-travail et plus particulièrement le caractère subordonné du travail effectué par ce biais. Le cadre théorique et analytique qui sous-tend cette analyse est juridique : il faut se poser la question de savoir si ces micro-travailleurs remplissent ou non les conditions factuelles de la qualification juridique d’un statut de travailleur (indépendant ou salarié). On aurait pu axer le questionnaire sur une perspective sociologique (rôle et protection des acteurs), économique (financement, business model), etc., mais la perspective est ici résolument juridique.
La méthode d’analyse est à la fois empirique puisqu’il s’agit de comparer les résultats des différents questionnaires
C’est à ce stade qu’il est utile de revenir à la définition donnée plus haut pour comprendre les fondements du questionnaire. Le micro-travail, sous-ensemble du « crowdwork » peut être défini comme « le fait qu’une entreprise demande à une plateforme en ligne de chercher quelqu’un capable de réaliser [une toute petite] tâche spécifique, détaillée et numérisée en échange d’une rémunération pendant une période donnée »
Les micro-travailleurs peuvent être de simples particuliers s’adonnant à une activité de loisirs ou des travailleurs indépendants inscrits comme tels. La question est dès lors de savoir s’ils fournissent un « travail ». Certains parlent de « citoyen numérique »
Ce questionnaire se constituait de 75 questions regroupées en 9 rubriques. Ses questions ont pour objet de tester des hypothèses qui proviennent d’une analyse juridique tenant au statut juridique du micro-travailleur.
La première rubrique portait sur des informations d’identification : les « informations générales » de la plateforme afin de la caractériser (e.g nom, URL, date de recensement, nombre d’utilisateurs revendiqués…) et une précision du pays dans lequel elle était étudiée. Cette rubrique nous permettait également de faire la distinction entre plateformes sur navigateurs et applications mobiles afin de voir si des fonctionnements distincts existaient entre ces deux environnements de micro-travail en ligne (e.g utilisation de la géolocalisation, tâches mobiles…).
L’objectif était ensuite d’identifier l’existence d’un contrat, voire d’un contrat de travail. Pour identifier un contrat, on recherche des éléments permettant d’identifier la passation d’un contrat synallagmatique. On recherche quelles sont les obligations de chaque partie. C’est l’objet de la deuxième et de la troisième rubrique.
La deuxième rubrique portait sur les « tâches » afin de savoir quelles activités étaient attendues par la plateforme/application et comment elle les nommait. Cette rubrique est nécessaire à l’identification des fondements d’un possible contrat, voire d’un contrat de travail. Avant de se pencher sur la question de l’existence d’une éventuelle contrepartie, il est utile d’identifier les tâches et engagements des micro-travailleurs.
La troisième rubrique portait sur les « contreparties », leurs formes (e.g argent, bons de réductions…), leurs montants et leurs appellations (e.g salaire, récompense, gain…).
Prises ensemble, ces rubriques permettent de s’interroger quant à l’existence d’un contrat. Par exemple, au Royaume-Uni, AMTurk compense le travailleur de son micro-travail par des bons amazon. Il est dès lors difficile d’identifier une rémunération. Ceci n’empêche pas le droit anglais de considérer qu’il existe un contrat. En effet, en common law, un contrat est « un accord juridique à force exécutoire entre un ensemble de promesses de deux ou plusieurs parties »
Plus avant, la question de la reconnaissance d’un contrat de travail peut aussi être posée. Elle se posera en des termes différents dans chaque ordre juridique, mais les faits générateurs sont cependant généralement les mêmes. C’est ainsi que nous prendrons les exemples anglais et français pour montrer quels sont les éléments empiriques qui permettent une qualification juridique.
Au Royaume-Uni, l’existence d’un contrat permet de qualifier le travailleur de contractant, mais elle n’a pas pour conséquence de permettre la reconnaissance d’une relation de travail. Un contractant peut être aussi bien un consommateur (chômeur, étudiant, retraité, etc.) qu’un travailleur indépendant, un “worker” ou un salarié. Certains sites de micro-travail n’exigent aucune formalité
La difficulté à ce stade tient à la complexité des montages du crowdworking. Non seulement la relation triangulaire désormais clairement définie empêche de reconnaître un employeur en la personne de la plateforme, mais en plus les micro-tâches de travail numérique rendent difficile la caractérisation d’une relation de travail.
En droit anglais, la relation de travail apparaîtra dès lors qu’un peut identifier un salarié (employee), un travailleur indépendant ou auto-entrepreneur (self-employed) ou encore une troisième catégorie de worker
On pourrait penser que l’absence d’un contrat de travail empêche la qualification de salarié, mais une Cour, en l’espèce par exemple la Cour suprême britannique, peut se livrer à une interprétation de la loi et des faits pour procéder à des requalifications. Elle recourt principalement à deux tests :
- La mutualité d’obligations entre l’employeur et le salarié : l’employeur doit avoir l’obligation de donner un travail et le salarié doit s’obliger à accepter et réaliser le travail,
- L’obligation de l’individu d’exécuter le travail personnellement (sans sous-traitant).
Ces tests sont cependant difficiles à appliquer aux micro travailleurs : ils sont apparemment libres de se connecter et de se déconnecter de l’application, d’accepter ou de refuser une tâche. Leur rémunération est parfois non monétaire ou extrêmement faible. La sous-traitance ne semble pas être un problème en ce qui concerne le micro travail (par opposition parfois aux livraisons). On peut ajouter que les lieux de travail des micro travailleurs sont dématérialisés et que leur hiérarchie est difficile à identifier
En droit français, c’est le critère du contrôle et de la subordination qui sera déterminant. C’est ainsi que la Cour de Cassation a jugé que, pour le travail de plateforme, depuis les arrêts Uber
À la lumière de ces raisonnements, le questionnaire apporte des informations intéressantes. Aux informations concernant les activités effectuées et les contreparties des rubriques 2 et 3, d’autres rubriques ont pour but de chercher à identifier une relation de subordination.
La quatrième rubrique portait sur l’« inscription » où nous relevions les informations à fournir (e.g pseudonyme, âge, sexe, mot de passe…) et les modalités à remplir (e.g acceptation des conditions générales d’utilisation [ci-après CGU], statut d’autoentrepreneur…) pour s’inscrire. Il était utile de comprendre les relations entre micro-travailleur et donneur d’ordre. Cette rubrique apportait quelques informations quant au degré d’acceptation de règles posées par les plateformes aux micro-travailleurs et quant au niveau de contrôle des plateformes sur les caractéristiques des travailleurs (comme par exemple leur âge).
La cinquième rubrique portait sur l’« exécution des tâches ». Il s’agissait de voir comment la plateforme attribuait les tâches, sous quelles conditions et dans quelles conditions celles-ci devaient être exécutées, par exemple avec ou sans limite de temps. Nous cherchions à isoler les premiers indices de lien de subordination par le biais de l’encadrement de l’exécution des tâches par la plateforme.
La sixième rubrique portait sur la « fin du contrat » afin de savoir qui pouvait y mettre fin et sous quelles conditions. Ainsi, nous cherchions également dans cette rubrique à isoler des indices de lien de subordination à travers les marges d’initiatives et de négociations qu’ont les utilisateurs dans leur rupture de relation avec la plateforme. Il s’agissait ici aussi de reconnaître un hypothétique pouvoir de sanction de l’employeur qui permet de caractériser un contrôle par celui-ci sur un éventuel salarié.
La septième rubrique portait sur l’« environnement collectif/forum » afin de savoir si les plateformes permettaient à leurs utilisateurs d’échanger entre eux et/ou potentiellement de s’organiser pour négocier avec celle-ci. Ainsi, nous explorions les possibilités de mise en place d’un éventuel dialogue social ou à l’émergence d’actions ou de négociations entre les parties, ou à tout le moins d’une certaine entraide ou communication entre les différents travailleurs. Il était présumé que le niveau d’échange serait faible et c’est pour cette raison que l’idée a été suggérée de rechercher des forums qui permettent aux micro-travailleurs de poser des questions et parfois de trouver des réponses.
La huitième rubrique portait sur le « droit applicable » et les « clauses spéciales ». Comme son nom l’indique, elle portait sur les règles spécifiques à la plateforme/application et les cadres juridiques sur lesquelles elle s’appuyait pour les justifier. Ainsi, nous relevions dans quel droit la plateforme ancrait son activité (travail, consommation, jeu…) et donc de quelle manière elle qualifiait sa relation avec les utilisateurs mais aussi leurs activités. Comme nous l’avons déjà indiqué, ce critère de la nationalité a été primordial dans la répartition du travail puisqu’il s’agissait de comprendre si ce critère transformerait les réponses apportées par les différents experts. La conclusion a été que la nationalité n’est en aucun cas un critère déterminant sur les éléments des rubriques étudiées.
Enfin la neuvième rubrique consistait en un relevé qualitatif des notes et remarques de l’enquêteur quant à la plateforme/application questionnée afin de contextualiser ces résultats et/ou les affiner.
Ce questionnaire devait dès lors permettre de donner un aperçu original sur le micro-travail. Il a conduit à des analyses empiriques, puis juridiques fouillées.
Conclusion
En conclusion, cette contribution a été l’occasion de prendre la mesure de l’importance des choix méthodologiques qui président à l’élaboration d’un projet de recherche interdisciplinaire et comparatif.
En ce qui concerne les croisements disciplinaires quant à la définition du travail de plateformes et du micro-travail, un rapide tour de table montre que les différentes disciplines se renvoient la balle de la définition de la plateforme et du micro-travail. Il n’y a pas de contradiction claire, mais plutôt un travail de clarification et de précision progressive de la définition par les différentes disciplines qui ajoutent chacune leur interprétation dans un contexte qui leur est propre. On identifie un dialogue permis par l’originalité de la matière, son universalité et sa nouveauté. Pluridisciplinarité, interdisciplinarité et transdisciplinarité se répondent et prennent tout leur sens puisque, sans que chacune ne soit une nécessité absolue, elles ouvrent toutes la voie à une meilleure écoute des autres disciplines et une meilleure appréhension disciplinaire des définitions envisagées.
En ce qui concerne la comparaison internationale et les choix opérés dans le questionnaire du projet TRAPLANUM, il apparaît que la logique juridique a présidé à l’établissement du questionnaire et lui donne une rationalité qui a permis aux experts des différents pays d’en tirer des conclusions quant au fonctionnement et à l’appréhension juridique des éléments empiriques étudiés.
Au-delà de la définition, se pose la question de l’élaboration d’un questionnaire sur le micro-travail qui permette d’avancer vers une meilleure compréhension de ce champ. Les résultats de l’étude tirée du questionnaire seront dans d’autres contributions de cet ouvrage
Notes
- 1. Projet de recherche TRAPLANUM porté par Emmanuelle Mazuyer, projet de recherche collaborative (PRC) financé par l’ANR sur 48 mois (2020-2024). Il s’agit d’un projet pluridisciplinaire sur les nouvelles formes de travail proposées par les plateformes numériques, qu’elles soient classiques (UBER, DELIVEROO, UBER EATS) ou proposant des micro-tâches de travail (Foule Factory-Wirk, Amazon Mechanical Turk, BeMyEye, Click and Walk etc.), opérant en France, voir https://cercrid.univ-st-etienne.fr/fr/activites/les-projets-de-recherche/traplanum.html.
- 2. Giraud, O. (2012). Les défis de la comparaison à l'âge de la globalisation : pour une approche centrée sur les cas les plus différents inspirée de Clifford Geertz. Critique internationale, 57(4), 89-110. https://doi-org.bases-doc.univ-lorraine.fr/10.3917/crii.057.0089.
- 3. L’auteure tient à remercier chaleureusement Thomas Prieur et Emmanuelle Mazuyer qui lui ont fait part de leur travail de construction et de conceptualisation du questionnaire qu’ils ont utilisé dans le cadre du projet TRAPLANUM. Plus précisément, Emmanuelle Mazuyer a réfléchi à la logique et à l’articulation des questions. Thomas Prieur a construit le questionnaire de toute pièce en se posant toutes les questions liées à cette élaboration (question fermée/ouverte, etc.). L’auteure propose ici une justification et une légitimation a posteriori de leur travail d’élaboration du questionnaire par le biais d’une réflexion théorique, bibliographique et juridique sur les thèmes du travail de plateformes et du micro-travail à la lumière des méthodes de l’interdisciplinarité et de la comparaison internationale.
- 4. Voir la présentation des articles en conclusion. Ricardo Esteban et Helena Ysàs pour l’Espagne, Fabienne Kéfer pour la Belgique ; Renée Claude Drouin pour le Canada, Matteo Avogaro pour l’Italie et Claire Marzo pour le Royaume-Uni.
- 5. Ces réflexions sont préliminaires en ce qu’elles sont un préambule aux travaux effectués par la suite sur le fondement des résultats des questions de Emmanuelle Mazuyer et de Thomas Prieur.
- 6. Rocchi, J.-P. (2016) L’art de la discipline, une introduction, Quaderna, https://quaderna.org/3/lart-de-la-discipline-une-introduction/.
- 7. Rocchi, J.-P., supra.
- 8. Darbellay, F. (2014). Où vont les studies ? Interdisciplinarité, transformation disciplinaire et pensée dialogique. Questions de Communication, 25, 173186. https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.9012
- 9. Pour certains, le recours à une autre discipline n’est pas possible. Par exemple, pour les théoriciens de droit, le débat n’est pas clos : contrairement à Hart qui considère que le juriste est celui qui peut traiter de manière compétente les questions liées au droit — qu’elles soient morales, historiques, sociologiques, etc., Hans Kelsen évince toute analyse historique ou sociologique de la description du droit. À une école technicienne du droit, on opposera d’autres qui pourraient retracer l’histoire intellectuelle d’un phénomène juridique.
- 10. Bourdieu, P. (2002). La spécificité du champ scientifique et les conditions sociales du progrès de la raison. Sociologie et Sociétés, 7(1), 91118. https://doi.org/10.7202/001089ar.
- 11. Schlanger, J. (1992). Fondation, nouveauté, limites, mémoire. Communications, 54(1), 289298. https://doi.org/10.3406/comm.1992.1827
- 12. Darbellay, F., supra.
- 13. Darbellay, F., supra.
- 14. Koestler, A. (2011). Le cri d’Archimède : l’art de la découverte et la découverte de l’art. Les Belles Lettres. ; Koestler, A. (1979). Janus : esquisse d’un système. Calmann-Lévy.
- 15. Voir aussi Darbellay, F. (2011). Vers une théorie de l’interdisciplinarité ? Entre unité et diversité. Nouvelles Perspectives En Sciences Sociales, 7(1), 6587. https://doi.org/10.7202/1007082ar.
- 16. Koestler A., supra.
- 17. Rocchi J.-P., supra.
- 18. Hyman, R. (1995). Industrial Relations in Europe : Theory and Practice. European Journal Of Industrial Relations, 1(1), 1746. https://doi.org/10.1177/095968019511003.
- 19. Cardon, D. et Casilli, A. (dir.) (2015). Qu'est-ce que le Digital Labor ? Institut National de l'Audiovisuel (INA). https://doi.org/10.3917/ina.cardo.2015.01.
- 20. Maigret, É. (2014). Ce que les cultural studies font aux savoirs disciplinaires. Questions de Communication, 26, 177195. https://doi.org/10.4000/questionsdecommunication.9289.
- 21. Voir entre autres nombreuses études : Kovalainen, A., Vallas, S. P., & Poutanen, S. (2019). Theorizing Work in the Contemporary Platform Economy. Dans Kovalainen, A., Vallas, S. P., & Poutanen, S. Digital Work and the Platform Economy : 3155. https://doi.org/10.4324/9780429467929-3 ; Lévesque, C., Fairbrother, P., & Roby, N. (2020). Régulation du travail et de l’emploi à l’ère numérique : Introduction. Relations Industrielles, 75(4), 633-646. https://doi.org/10.7202/1074557ar ; Prassl, J. (2016). The Concept of the Employer. Oxford Labour Law.
- 22. Voir aussi de nombreuses études sur cette question : par exemple Mazuyer, E. (dir). (2023). Regards croisés sur le travail et le micro-travail de plateforme. Mare & Martin. Ou en sociologie : Casilli, A. (2019). En attendant les robots : Enquête sur le travail du clic. Le Seuil. https://shs.cairn.info/en-attendant-les-robots-enquete-sur-le-travail-du-clic--9782021401882?lang=fr. ; OIT. (2021). World Employment and Social Outlook 2021 : The Role of Digital Labour Platforms in Transforming the World of Work. [Le rôle des plateformes numériques dans la transformation du monde du travail].
- 23. L’effectif des travailleurs de plateforme est estimé à 200 000 personnes en France, soit un indépendant sur dix et deux auto-entrepreneurs sur dix. Voir par exemple le rapport de l’IGAS : Amar, N. et Viossat, L.-C. (2018). L’impact des plateformes collaboratives sur l’emploi et la protection sociale : quelques perspectives. Revue française des affaires sociales, 68-81. https://doi.org/10.3917/rfas.182.0068.
- 24. Arfaoui, M. et Losada, N. (2023) Nouvelles formes d’emploi et syndicalisme : quels moyens d’actions et quelles protections pour les travailleurs de plateforme ? Bureau d’études de la CFTC, Confédération Française des Travailleurs Chrétiens. http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6245-nouvelles-formes-d-emploi-et-de-syndicalisme-quels-moyens-d-actions-et-quelles-protections-pour-les-travailleurs-de-plateforme.
- 25. Arfaoui, M. et Losada, N., supra, p. 54.
- 26. Plus d’explications sur Arfaoui, M. et Losada, N., supra, p. 22.
- 27. Idée d’une réorganisation géographique (et non pas d’une diminution) de la production industrielle permise par la technologie, Veltz, P. (2017). La Société hyper-industrielle : Le nouveau capitalisme productif. Seuil.
- 28. Rochet, J., & Tirole, J. (2003). Platform Competition in Two-Sided Markets. Journal Of The European Economic Association, 1(4), 9901029. https://doi.org/10.1162/154247603322493212.
- 29. En économie des institutions : Hall, P. A., & Soskice, D. W. (2001). Varieties of Capitalism : The Institutional Foundations of Comparative Advantage. Oxford University Press, USA.
- 30. Commission européenne. (2016). Les plateformes en ligne et le marché unique numérique. Bruxelles.
- 31. Autenne, A. et De Ghellinck, É. (2019). L’émergence et le développement des plateformes digitales : les enseignements de la théorie économique de la firme. Revue internationale de droit économique, t. XXXIII(3), 275-290. https://doi.org/10.3917/ride.333.0275.
- 32. Eurofound, https://www.eurofound.europa.eu/fr/node/94271.
- 33. Degryse, C. (2020). Du flexible au liquide : le travail dans l’économie de plateforme. Relations industrielles / Industrial Relations, 75(4), 660–683. https://doi.org/10.7202/1074559ar. Voir aussi Adams-Prassl, J. (2018). Humans as a Service : The Promise and Perils of Work in the Gig Economy. Oxford University Press.
- 34. Cardon, D. et Casilli, A. (dir.) (2015). Qu'est-ce que le Digital Labor ? Institut National de l'Audiovisuel (INA). https://doi.org/10.3917/ina.cardo.2015.01. p. 12-13.
- 35. Citation de J Durand, J. (2016). Dominique Cardon et Antonio A. Casilli, Qu’est-ce que le Digital labor ? , Paris, Ina Éditions, 2015, 104 p. La Nouvelle Revue du Travail, 8. https://doi.org/10.4000/nrt.2767.
- 36. Cherry, M. A. (2016). Beyond misclassification : the digital transformation of work. Comparative Labor Law and Policy Journal. 37-2.
- 37. Degryse, C. (2016). Digitalisation of the Economy and its Impact on Labour Markets. ETUI WP Paper No. 2016.02. : 40.
- 38. Stone, K. V. W. (2004). From Widgets to Digits. https://doi.org/10.1017/cbo9780511617089.
- 39. S’érige un débat entre réalisme et nominalisme qui consiste à dire que soit l’objet est déjà là et existe indépendamment de la discipline et est accepté comme tel, soit il doit être construit à partir d’une abstraction. Voir Conti, A. D. (2020). Le débat entre nominalistes et réalistes à la fin du Moyen Âge. École Pratique des Hautes Études Section des Sciences Historiques et Philologiques Livret-Annuaire, 151, 238241. https://doi.org/10.4000/ashp.3831.
- 40. “The act of taking a job traditionally performed by a designated agent (usually an employee) and outsourcing it to an undefined, generally large group of people in the form of an open call.” Ratti, L. (2017). Online Platforms And Crowdwork In Europe: A Two-Step Approach To Expanding Agency Work Provisions? Comparative Labor Law and Policy Journal, 38(2), 477-511. Voir aussi dans le même sens Howe, J. (2006, 1 juin). The Rise of Crowdsourcing. WIRED. https://www.wired.com/2006/06/crowds ; Howe, J. (2008) Crowdsourcing: Why the power of the Crowd is Driving the Future of Business. Green, A. et al. (dirs.). (2013). CrowdEmploy Crowdsourcing Case studies : An Empirical Investigation Into the Impact of Crowdsourcing on Employability, JRC Technical Reports 5.
- 41. Collins, H. (1990). Independent Contractors and the Challenge of Vertical Disintegration to Employment Protection Laws. Oxford Journal of Legal Studies, 10, 353-380.
- 42. Kingsley, S., Gray, M.L., & Suri, S. (2014). Monopsony and the Crowd: Labor for Lemons? Psychology Research Methods eJournal., http://ipp.oii.ox.ac.uk/sites/ipp/files/documents/Monopsony_and_theCrowd_SCK_MLG_SS.pdf.
- 43. “Crowdwork” is, therefore, now characterized by the fact that a company requests a website--an online platform--to search for someone capable of performing a specific, detailed, and digitally based task at a given rate within a certain period of time. Voir Ratti, L., supra.
- 44. Aux États-Unis avec les exemples de la NASA et du U.S. Federal Government, voir Felstiner, A. (2011). Working the Crowd: Employment and Labor Law in the Crowdsourcing Industry. Berkeley Journal of Employment and Labor Law, 32(1), 143–203. http://www.jstor.org/stable/24052509
- 45. Schmidt, F. A. (2015). The Design of Creative Crowdwork – From Tools for Empowerment to Platform Capitalism. PhD Thesis, Royal College of Art. https://researchonline.rca.ac.uk/1690/
- 46. Voir les débats afférents à ce terme d’ubérisation in Carelli, R.; Cingolani, P.; Kesselman, D. (dirs) (2022). Les travailleurs des plateformes numériques, Buenos Aires, Teseo.
- 47. Gadiraju, U., Kawase, R., & Dietze, S. (2014). A taxonomy of microtasks on the web. HT ’14 : Proceedings Of The 25th ACM Conference On Hypertext And Social Media. https://doi.org/10.1145/2631775.2631819. Présenté par Berg, J. (2016). Income Security in the On-Demand Economy: Findings and Policy Lessons from a Survey of Crowdworkers. International Labor Organisation, Conditions of Work and Employment Series, 74: 2.
- 48. Cristiano, C., Fabienne, A., & Federico, B. (2016). The Future of Work in the ‘Sharing Economy’. Market Efficiency and Equitable Opportunities or Unfair Precarisation ?. 1 : 17-20. Publications.jrc.ec.europa.eu/repository/bitstream/JRC101280/jrc101280.pdf.
- 49. IBM's Liquid/Open Generation and Daimler's Business Innovation.
- 50. Klebe, T., & Weiss, M. (2019). Workers' Participation 4.0 - Digital and Global?. Comparative. Labor. Law. & Policy Journal. 40(1) : 263 et 267–269.
- 51. B. Fung, B. (2017). IKEA Has Purchased TaskRabbit, Because #adulting Is Hard, Washington Post (Sept. 28, 2017), https://www.washingtonpost.com/news/the-switch/wp/2017/09/28/ikea-has-purchased-taskrabbit-to-help-you-bypass-those-assembly-instructions/?noredirect=on. J. J. Roberts, J. J. (2017). IKEA’s Latest Acquisition Will Help Assemble Your IKEA Furniture, Fortune (Sept. 28, 2017), https://fortune.com/2017/09/28/ikea-task-rabbit/.
- 52. Voir https://www.crowdworker.com/ qui en présente une grande quantité pour aider les travailleurs à en choisir une : AppJobber, Workhub, Clickworker, CastingWords, Crowdtap, Amazon Mechanical Turk, Streetspotr, CloudCrowd, Gigwalk, ShopScout, Online Micro Jobs, Microworkers & Crowdtask…
- 53. Voir par exemple Lambert E. (1903). Étude de droit commun législatif. La fonction du droit civil comparé. LGDJ.
Introduction à l’étude du droit comparé : recueil d’études en l’honneur d’Edouard Lambert. Sirey. (1938.) ; Constantinesco, L. (T. 1 1972, T. 2 1974, T. 3 1983). Traité de droit comparé : La science des droits comparés. LGDJ. ; Rodiere, R. (1979) Introduction au droit comparé, Dalloz.
- 54. Ancel, M. (1971). Utilité et méthodes du droit comparé. Éléments d’introduction générale à l’étude comparative des droits. Éditions Ides et Calendes : 23, cité par David, R. (1971) Ancel, M. (1971). Utilité et méthodes du droit comparé. Éléments d’introduction générale à l’étude comparative des droits. Revue internationale de droit comparé. 23(4) : 933-935. https://www.persee.fr/doc/ridc_0035-3337_1971_num_23_4_16125.
- 55. Ancel, M., Supra : 115.
- 56. Barraud, B. (2016). La recherche juridique : sciences et pensées du droit. Éditions L’Harmattan : 91. Cité par Hardy, P. (2024). Le droit à la sécurité sociale du travailleur hypermobile dans l’Union européenne : le cas de l’artiste du spectacle vivant en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Thèse de doctorat. Université de Strasbourg. Dans Theses.fr. https://theses.fr/2024STRAA004 : 24-25.
- 57. Bergé, J.-S. (2013). L’application du droit national, international et européen. Approche contextualisée des cas de pluralisme juridique mondial. Dalloz : 70.
- 58. Bergé, J.-S. (2013). L’application du droit national, international et européen. Approche contextualisée des cas de pluralisme juridique mondial. Dalloz : 70.
- 59. Blagojevic, B. T. (1953). Le droit comparé. Méthode ou science, Revue internationale de droit comparé. 5(4) : 649-657.
- 60. Kischel U. (2016). La méthode en droit comparé. L’approche contextuelle. Revue internationale de droit comparé. 68(4) : 907-926. Voir aussi, Constantinesco, L.-J., supra, t II. La Méthode comparative.
- 61. Dogan, M. et Pélassy, D. (1982). Sociologie politique comparative : problèmes et perspectives. Economica.
- 62. Vigour, C. (2005). La comparaison dans les sciences sociales : pratiques et méthodes. La Découverte.
- 63. Langeron, P. (1996). La recherche en droit comparé. Cahier de méthodologie juridique [RRJ]. 4(11) : 11011111
- 64. Vigour, C., supra, introduction de la 2e partie.
- 65. Vigour, C., ibidem.
- 66. Gutteridge, H. C., David, R. (1953). Le droit comparé : introduction à la méthode comparative dans la recherche juridique et l’étude du droit, Institut de droit comparé (Paris). Association internationale des sciences juridiques.
- 67. Ancel, A., supra.
- 68. Sacco, R. (1991). La comparaison juridique au service de la connaissance du droit. Economica ; Vanderlinden, J. (1995). Comparer les droits. Kluwer Belgique. ; Capeller, W., & Kitamura, T. (1999). Une introduction aux cultures juridiques non occidentales : autour de Masaji Chiba. Bruylant. ; Vogel, L. (2002). Cinq ans de droit comparé dans le monde (1997-2002). Pantheon-Assas. ; Séroussi, R. (2003). Introduction au droit comparé. Dunod. ; Van Der Mensbrugghe, F. (2003). L’Utilisation de la méthode comparative en droit européen. Presses universitaires de Namur. ; Fromont, M. (2005). Grands systèmes de droit étrangers. Dalloz.
- 69. Ancel, A., supra : 101.
- 70. Ost, F. et Van de Kerchove, M. (2000). De la pyramide au réseau ? Vers un nouveau mode de production du droit ? Revue interdisciplinaire d'études juridiques, 44(1), 1-82. https://doi.org/10.3917/riej.044.0001.F. Voir aussi Ost, F., & Van de Kerchove, M. (2010). De la pyramide au réseau ? : pour une théorie dialectique du droit. Publications des Facultés universitaires Saint-Louis.
- 71. M. Van De Kerchove, M. (2005). La pyramide est-elle toujours debout ?. In Amselek, P. (dir.). Mélanges Paul Amselek. Bruylant : 471 479.
- 72. Chevallier, J. (2001). La régulation juridique en question. Droit et Société, n°49(3), 827846. https://doi.org/10.3917/drs.049.0827 : 842.
- 73. Bergé, J.-S. (2013). L’application du droit national, international et européen. Approche contextualisée des cas de pluralisme juridique mondial. Dalloz : 264.
- 74. Giraud, O. (2012). L'analyse scalaire des régimes d'action publique en Europe : l'apport méthodologique des comparaisons infranationales. Revue internationale de politique comparée. 19(2), 15-36. https://doi.org/10.3917/ripc.192.0015.
- 75. Il s’agit de comprendre les différences de philosophie des deux disciplines. Comparer par exemple l’introduction de P. Rodière
- 76. Voir par exemple dans l’article de D. Kesselman, son explication du point de vue d’un juriste français quant à la fonction du droit du travail, D. Kesselman, in Carelli, R.; Cingolani, P.; Kesselman, D. (dirs) (2022). Les travailleurs des plateformes numériques, Buenos Aires, Teseo.
- 77. Lambert E. (1903). Étude de droit commun législatif. La fonction du droit civil comparé. LGDJ : 46-52.
- 78. Voir Ponthoreau, M. C. (2021). Droits constitutionnels comparés, Economica : Chapitre 2.
- 79. Ici encore, l’auteure tient à souligner le travail réalisé par Thomas Prieur et Emmanuelle Mazuyer pour conceptualiser les questions et appréhender la logique du questionnaire. L’auteur tient à remercier Thomas Prieur qui a effectué une présentation schématique du questionnaire qui a pu être la base de cette explication et qui a permis à l’auteure de justifier les choix par une synthétisation juridique.
- 80. Voir supra, Vigour, C., ibidem.
- 81. Voir par exemple l’analyse de B. Dubrion, T. Prieur et E. Mazuyer par occurrence des mots utilisés, dans ce même numéro.
- 82. Nous avons adapté la définition du crowdwork énoncée supra pour ajouter le caractère minuscule des taches qui caractérisent le micro-travail. Voir supra la définition du « crowdwork » et Ratti, L., supra.
- 83. Pour le Conseil de l’Europe, « La citoyenneté numérique désigne le maniement efficace et positif des technologies numériques (créer, travailler, partager, établir des relations sociales, rechercher, jouer, communiquer et apprendre), la participation active et responsable (valeurs, aptitudes, attitudes, connaissance) aux communautés (locales, nationales, mondiales) à tous les niveaux (politique, économique, social, culturel et interculturel), l’engagement dans un double processus d’apprentissage tout au long de la vie (dans des structures formelles, informelles et non formelles) et la défense continue de la dignité humaine », voir Conseil de l’Europe, Citoyenneté numérique, https://www.coe.int/fr/web/digital-citizenship-education/digital-citizenship-and-digital-citizenship-education (consulté le 25/3/22).
- 84. Mazuyer, E. (2022) La protection juridique des travailleurs in Carelli, R.; Cingolani, P.; Kesselman, D. (dirs). Les travailleurs des plateformes numériques, Buenos Aires, Teseo : 21-59 : 30.
- 85. « A legally binding agreement or set of promises between two or more parties ». Voir Chen-Wishart, M. (2022). Contract law. Oxford University Press.
- 86. Le terme anglais de « consideration » peut difficilement être traduit par l’idée selon laquelle la promesse doit être échangée en échange de « quelque chose de valeur ». Voir Chen-Wishart, M., ibid., Chapitre « consideration ».
- 87. Comme par exemple AMTurk.
- 88. HMRC : Her Majesty Revenue and Customs, https://www.gov.uk/employment-status/selfemployed-contractor.
- 89. Voir infra, B.
- 90. An ‘employee’ is an individual who has entered into or works under a contract of employment (Section 230(1) of the Employment Rights Act 1996). Traduction de l’auteur.
- 91. A self-employed person is generally in business on his or her own account and provides services to clients of his or her business. Traduction de l’auteur.
- 92. Klebe, T., & Weiss, M. (2019). Workers' Participation 4.0 - Digital and Global?. Comparative. Labor. Law. & Policy Journal. 40(1) : 263 et 267-269.
- 93. ) Soc. 4 mars 2020, no 19-13.316 P, D. 2020. 490, et les obs. ; ibid. 1136, obs. S. Vernac et Y. Ferkane ; AJ contrat 2020. 227, obs. T. Pasquier ; Dr. soc. 2020. 374, obs. P.-H. Antonmattei ; ibid. 550, chron. R. Salomon ; RDT 2020. 328, obs. L. Willocx.
- 94. Soc. 28 nov. 2018, no 17-20.079 P, D. 2019. 177, et les obs., note M.-C. Escande-Varniol ; ibid. 2018. 2409, édito. N. Balat ; ibid. 2019. 169, avis C. Courcol-Bouchard ; ibid. 326, chron. F. Salomon et A. David ; ibid. 963, obs. P. Lokiec et J. Porta ; AJ contrat 2019. 46, obs. L. Gamet ; Dr. soc. 2019. 185, tribune C. Radé ; RDT 2019. 36, obs. M. Peyronnet ; ibid. 101, chron. K. Van Den Bergh ; Dalloz IP/IT 2019. 186, obs. J. Sénéchal ; JT 2019, n° 215, p. 12, obs. C. Minet-Letalle ; RDSS 2019. 170, obs. M. Badel.
- 95. La Cour de cassation a refusé la requalification pour les chauffeurs VTC car le lien de subordination n’était pas caractérisé si la plateforme n’adressait pas de directives au chauffeur sur les modalités d’exécution de son travail et ne disposait pas d’un pouvoir de contrôle et de sanction à son égard, Soc. 13 avr. 2022, no 20-14.870 B, D. 2022. 796 ; Dr. soc. 2022. 522, étude C. Radé. Sur ce point v. eammaud, A. (2020). Le régime des travailleurs des plateformes, une œuvre tripartite. Le Droit Ouvrier, 861(4), 181-214. https://doi.org/10.3917/drou.861.0181. ; Julien, M., et Mazuyer E. (2018). Le droit à l’épreuve des plateformes numériques : quels droits pour les travailleurs ?. RDT. 189-198 : 191. Voir aussi Khodri, F. et Mazuyer, E. (2023). Le micro-travail numérique et la force attractive du droit du travail, RDT. 2 : 91-105 : 92.
- 96. Soc., avis, 15 déc. 2021, no 20-81.775. Suivi de Crim. 5 avr. 2022, no 20-81.775 P, D. 2022. 709 ; ibid. 1280, obs. S. Vernac et Y. Ferkane ; AJ pénal 2022. 311, note J. Gallois.
- 97. Voir Khodri, F. et Mazuyer, E. (2023). Le micro-travail numérique et la force attractive du droit du travail, RDT. 2 : 91-105 : 92.
- 98. Voir introduction.
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