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<issn>3076-3010</issn>
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<article-title xml:lang="fr">Le paradoxe du management algorithmique.
Partie I : Approche historique de l'influence socio-technique du numérique</article-title>
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<contrib-id contrib-id-type="orcid">https://orcid.org/0000-0001-7946-4294</contrib-id><name><surname>  SYBORD</surname>
<given-names>Christine</given-names></name>
<email>christine.sybord@univ-lyon2.fr</email>
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</contrib-group><aff id="aff1"><sup>1</sup>Laboratoire COACTIS, MSH, Université Lumière Lyon 2, France</aff><pub-date>
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<year>2025</year>
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<copyright-statement>Copyright © 1970 Christine   SYBORD</copyright-statement>
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<abstract xml:lang="fr"><p>Toutes les plateformes numériques de travail ont une architecture computationnelle fondée sur le numérique. Cette architecture est pilotée par ce qu'on appelle communément le management algorithmique. Ce management est paradoxal : d'un côté, les algorithmiques qui interagissent avec les données du micro-travailleurs sont opaques ; de l'autre, les fonctionnalités algorithmiques (mémorisation, surveillance, etc.) sont claires et immédiates. Dès lors, l'objectif de cet article est de "dé-coder" ce paradoxe. La première partie définit les caractéristiques socio-techniques du numérique selon une approche historique. La deuxième partie explicite l'opacité des logiques calculatoires du management algorithmique. La troisième et dernière partie présente des travaux de recherche qui étudient les fonctionnalités très opératoires du management algorithmique. La conclusion introduit la partie II du paradoxe algorithmique, appréhendé d'un point de vue juridique.</p><p>L'autrice remercie chaleureusement les examinateurs anonymes pour leurs commentaires et suggestions qui ont permis une réflexion stimulante et, in fine, l’amélioration de cet article.</p></abstract>
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<kwd>Approche</kwd>
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<sec id="h0-prologue"><title>Prologue</title>
<p>La croissance actuelle de l’économie numérique s’accompagne de la mise en place d’un nouveau modèle économique qui impacte toutes les organisations, quels que soient leur taille et leur secteur (<xref ref-type="bibr" rid="ref4">Baudry, 2023</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref22">Elambert, 2023</xref>). <xref ref-type="bibr" rid="ref63">Pour Srnicek (2017)</xref>, ce nouveau modèle s’appuie sur une économie de plateformes qu’il appelle « <italic>Plateform</italic> <italic>Capitalism</italic> ». Selon une abondante littérature en droit, économie et gestion des emplois et des ressources humaines, une plateforme numérique peut se définir comme un écosystème complexe d’intermédiation numérique qui remet en question les fondations du modèle social historique fondé sur la protection sociale et la négociation collective (<xref ref-type="bibr" rid="ref15">Casilli, 2017</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref20">Degryse, 2020</xref> ; Flichy, 2017 ; Leonardi et al, 2020 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref48"><xref ref-type="bibr" rid="ref48">Mazuyer, 2021</xref>, etc.</xref>). De plus, comme le travail est un terme générique qui n’a pas toujours été utilisée de manière cohérente dans la littérature (Duggan et al., 2019 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski &amp; Gerber, 2021</xref>), les plateformes numériques de travail prennent des formes diverses et font l’objet de diverses classifications (Duggan et al., 2019 ; Schor, 2016).</p>
<p />
<p>Néanmoins, elles ont toutes un point commun : une architecture computationnelle fondée sur le numérique ; cette architecture (ré)agence en temps réel, avec des algorithmes plus ou moins sophistiqués, les interactions et les actions (<xref ref-type="bibr" rid="ref50">Monfort et Bogost, 2009</xref>). Ce (ré)agencement correspond à une gestion singulière pour laquelle <xref ref-type="bibr" rid="ref3">Aneesh (2009)</xref> a inventé le terme de « management algorithmique ». <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski et Gerber (2021)</xref> précisent toutefois qu’il n’a pas été défini formellement. D’ailleurs, certains auteurs, <xref ref-type="bibr" rid="ref67">Taupin (2018)</xref> par exemple, parlent plutôt de « management par les données ». Quel que soit le terme employé, ce management est un nouveau mode d’organisation qui repose sur des algorithmes et des données qui interagissent 24 h/24 h et 7j/7 selon les standards de communication du numérique. Rouvroy et Berns (2013) appréhendent ce management comme une nouvelle forme de gouvernance qu’ils nomment « gouvernementalité algorithmique ». En référence aux travaux de <xref ref-type="bibr" rid="ref28">Foucault (1975)</xref>, nous soutenons que cette gouvernementalité est de nature paradoxale. En effet, l’invisibilité de l’algorithme, abstrait et non explicite sur les données utilisées, entraine pourtant la visibilité des fonctionnalités algorithmiques qui sont : la surveillance et le contrôle, l’évaluation et la décision (<xref ref-type="bibr" rid="ref66">Sybord, 2023</xref>). Pour les micro-travailleurs, cela signifie que le management algorithmique, désormais abrégé MA, semble encourager leur autonomie tout en les rendant de plus en plus soumis au pouvoir des fonctionnalités algorithmiques.</p>
<p> </p>
<p>Ainsi, le MA des plateformes numériques est un nouvel outil de régulation des relations sociales qu’il est nécessaire d’intégrer dans un système juridique (<xref ref-type="bibr" rid="ref48">Mazuyer, 2021</xref>). Dans le domaine du travail et de la Gestion des Ressources Humaines (GRH), cette intégration est d’autant plus nécessaire que le traitement des données personnelles ne s’effectue plus de façon anonyme (produire des tableaux de bord par exemple), mais de manière personnalisée (recruter en ligne par exemple) (<xref ref-type="bibr" rid="ref17">Coron, 2020</xref>). Ce nouvel usage des données et de leur management (recueil, traitement, mémorisation, conservation, réutilisation, etc.) génère de nombreux questionnements, dont celui de la protection des données personnelles. En France, cette protection est régie par des règles énoncées dans la loi Informatique et libertés du 6 janvier 1978 puis, plus récemment, par le règlement général de protection des données (RGPD) entré en vigueur en mai 2018. </p>
<p />
<p>Pour autant, comme de nouveaux et nombreux acteurs interagissent dans le processus du MA des plateformes numériques (le travailleur, le donneur d’ordre, le juriste, etc.), les logiques de protection divergent, voire s’invalident. Dès lors, l’objectif de la recherche menée est double : expliciter le paradoxe du MA, pour ensuite interroger le droit à l’égard de ce paradoxe. Dans cette perspective, la question, de nature bi-disciplinaire (gestion et droit) est : à l’égard des micro-travailleurs, comment le droit réagit face aux fonctionnalités visibles du management algorithmique invisible ? Dans un souci pédagogique, étudier cette question nécessite de la structurer en deux parties qui font ainsi l’objet de deux articles distincts : le premier, traite du paradoxe du MA en référence aux sciences de gestion des RH ; le second, d’une analyse du droit face à ce paradoxe.</p>
<p />
</sec>
<sec id="h1-introduction"><title>Introduction</title>
<p />
<p>Le numérique est un phénomène majeur de notre temps qui a progressivement imprégné nos vies professionnelles et personnelles en bouleversant discrètement et « à petits pas » tous les cadres établis : il a effectivement la particularité d’être pervasif, « <italic>c’est-à-dire qu’il pénètre toutes nos activités, des plus intimes aux plus collectives.</italic> » (<xref ref-type="bibr" rid="ref11"><xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier, 2016</xref>, p.6</xref>). Cette pervasivité débute peu avant la deuxième guerre mondiale et s’inscrit dans un continuum sociotechnique que la sociologie des innovations a souvent exposé (<xref ref-type="bibr" rid="ref2">Akrich et al., 2006</xref>) ; elle est ainsi le résultat d’une convergence de choix politiques socio-économiques encapsulés dans des décisions techniques (informatique, réseaux et télécommunications, Internet, supports médiatiques) (<xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier, 2016</xref>).</p>
<p />
<p>Sur un plan managérial, cette convergence permet d’expliciter l’influence des singularités sociotechniques du numérique sur la nature paradoxale du MA des plateformes. En effet, les logiques algorithmiques du MA, à l’œuvre depuis les années 1960, sont invisibles dans la plupart des cas ; à l’inverse, les fonctionnalités managériales du MA sont très visibles pour les travailleurs du clic ; par exemple, ces derniers peuvent se voir sanctionnés — sans explication — si une micro-tâche ne correspond pas aux attendus (<xref ref-type="bibr" rid="ref36">Kéfer, 2024</xref>). Dès lors, cet article traite de la gouvernance paradoxale du MA. La première partie explicite, selon une approche historique, l’influence sociotechnique du numérique sur le MA. Cette explicitation permet alors d’aborder, dans une deuxième partie, les logiques relativement invisibles du MA. À l’inverse, dans une troisième et dernière partie sont présentées les différentes fonctions très visibles du MA.</p>
</sec>
<sec id="h1-i--l-influence-des-singularites-du-numerique-sur-le-management-algorithmique"><title>I. L’influence des singularités du numérique sur le management algorithmique</title>
<p />
<p><xref ref-type="bibr" rid="ref11">Pour <xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier (2016)</xref></xref>, la pervasivité du numérique trouve son origine technique dans la matérialité logique que deux fondateurs de l’informatique, Turing et Von Neumann, ont développée. En effet, le premier, <xref ref-type="bibr" rid="ref69">Turing (1936)</xref> avance que toutes les questions ne peuvent pas forcément être résolues mathématiquement par un raisonnement hypothético-déductif mais peuvent être décomposées, selon une logique déductive, en opérations de calcul simples : il pose ainsi les bases du principe algorithmique qui est la clé de voûte des ordinateurs d’hier et d’aujourd’hui. Le second, Von Neumann, s’inspire de ce principe en 1947 et définit l’architecture des ordinateurs : cette architecture est composée, d’une part, d’une unité centrale de calculs, algorithmiquement contrôlée, et d’autre part, d’une mémoire qui stocke les données enregistrées.</p>
<p />
<p>Au début des années 1960, la méthode algorithmique de Turing et le principe de séparation de l’architecture d’un ordinateur de Von Neumann conduisent au développement de l’industrie de l’informatique et de ses premiers usages dans les organisations de travail. Ce développement est marqué par 3 grandes étapes : </p>
<list list-type="bullet"><list-item><p>Celle des années 1960, caractérisée par un réseau centré sur un « gros ordinateur » (le <italic>mainframe</italic>) qu’on interroge à partir de terminaux ; coûteux à maintenir, il ne remet pas fondamentalement en question les manières de travailler ; </p>
</list-item><list-item><p>Celle de la fin des années 1970, caractérisée par le <italic>Personal Computer</italic> (PC). Ce micro-ordinateur autonome change l’organisation du « poste de travail » et plus largement le rapport social à la machine : ce rapport se personnalise et n’est plus seulement professionnel. Ce premier changement technoculturel permet des usages à des non-informaticiens ; ces derniers restent isolés car « la foule » permise par les webs 1.0 et 2.0 n’existe pas encore mais trouve ses fondements techniques dans l’étape suivante ; </p>
</list-item><list-item><p>Celle des années 1990, caractérisée par les architectures « client-serveur » à la base du développement des solutions de PGI (Progiciels de Gestion Intégrée). Ces solutions, pilotées par une base de données unique, permettent l’accès à des ressources partagées. Ce partage séduit les entreprises qu’une majorité appréhende comme la perspective d’un changement de processus et de structure organisationnelle (Robey et al., 2002) ; pour autant, il ne repose pas sur des principes standards de communication et freine ainsi les échanges personnels et professionnels, tant au niveau des organisations qu’au niveau d’une nation.</p>
</list-item><p />
<p>En conséquence, face à ce besoin, l’histoire de l’informatique vient alors interagir avec celle des télécommunications (la téléphonie) et celle d’Internet (soit le « réseau des réseaux »).</p>
<p />
<p>Chronologiquement, l’histoire des télécommunications (nationales et internationales) est certes bien plus ancienne que celle d’Internet (les années 1960) mais les deux histoires sont enchevêtrées à des choix politiques d’après-guerre (1939-45). Ces choix ont conditionné certaines décisions stratégiques et économiques prises au niveau des organisations et des nations ; ils permettent notamment de comprendre comment ils ont influencé l’adoption des protocoles de communication téléphonie-informatique à la base des architectures standards numérisées d’aujourd’hui (Lessig, 1999 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier, 2016</xref>). Au niveau du travail et de la GRH, ces choix et l’histoire d’Internet expliquent sa plateformisation progressive et les systèmes d’IA qu’on connaît aujourd’hui (<xref ref-type="bibr" rid="ref66">Sybord, 2023</xref>).</p>
<p />
<p>L’histoire d’Internet, elle, est marquée selon <xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier (2016)</xref> par trois étapes clés qui contribuent largement à la pervasivité actuelle du numérique :</p>
<list-item><p>Celle du début des années 1960 jusqu’à la fin des années 1980. Elle est caractérisée par la mise en place d’une architecture communicante « réseau distribué » qui aboutit, entre 1973 et 1978, à un protocole unique pour tous les pays : le protocole TCP-IP<sup><xref ref-type="fn" rid="1">1</xref></sup> ;</p>
</list-item><list-item><p>Celle des années 1990 correspond à la mise en place effective d’un système mondial de publication d’abord gratuit et ouvert à tous : le World Wide Web, appelé aussi le Web 1.0<sup><xref ref-type="fn" rid="2">2</xref></sup>. Au niveau des organisations de travail, ce geste fondateur de gratuité du web 1.0 permet d’avoir un « site vitrine » formalisé par une adresse URL : cette adresse rend alors les informations visibles aux usagers (salariés, demandeurs d’emploi, concurrents, etc.) ; de plus, en découle une masse de documents et de sites qui deviennent facilement accessibles grâce à des règles de régulation assurées par une gouvernance internationale dédiée (Adam, 2017). Au niveau des États, le pilotage de cette masse de documents et de sites en perpétuelle croissance devient de plus en plus difficile. Ainsi, source de nombreux débats (économiques, diplomatiques, commerciaux, sociotechniques), la gouvernance de ce système mondial gratuit est finalement transmise à des compagnies privées<sup><xref ref-type="fn" rid="3">3</xref></sup> ;</p>
</list-item><list-item><p>Celle du début des années 2000 qu’on a pris l’habitude d’appeler le « Web 2.0 » ou encore le web contributif car il permet l’implication directe des utilisateurs sur la toile (O’Reilly, 2005) sous forme de « foule » (<xref ref-type="bibr" rid="ref38">Kittur et al., 2013</xref>). Concrètement, ces internautes peuvent devenir créateur de contenu là où, avec le Web 1.0, des compétences techniques étaient nécessaires ; ils produisent ainsi des masses de données (i.e big data) qui font « rêver » les algorithmes (<xref ref-type="bibr" rid="ref13">Cardon, 2015</xref>). Cette troisième étape est décisive dans le développement et la croissance continue des réseaux sociaux et des plateformes jusqu’à ce jour (<xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier, 2016</xref>).</p>
</list-item><p />
<p>En synthèse, la convergence de ces 3 histoires (plus celle de la photographie non traitée ici) définit les singularités sociotechniques du numérique et des plateformes associées : </p>
<list-item><p>Traitement automatique et algorithmique des informations (cf. histoire de l’informatique) ;</p>
</list-item><list-item><p>Communication protocolisée des informations (cf. enchevêtrement des histoires des télécommunications et d’Internet) ;</p>
</list-item><list-item><p>Partage et analyse standardisés des informations (cf. histoire d’Internet).</p>
</list-item><p />
<p>Ces singularités ont largement contribué à la plateformisation du travail et de l’économie plus largement. Fondées sur des algorithmes, des ordinateurs et des protocoles standards de communication et de partage de contenus numérisés, elles appellent à un nouveau mode managérial : le MA.</p>
<p />
<p>En synthèse, la sage distance des histoires du numérique a permis de saisir les médiations qui ont progressivement généré la plateformisation du travail. Ces médiations ont influencé et influencent encore la manière d’appréhender le travail (<xref ref-type="bibr" rid="ref27">Flichy, 2019</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref32">Gomez, 2018</xref>), de mobiliser les ressources humaines et les performances des travailleurs (Duggan et al., 2019 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski et Gerber, 2021</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref68">Tomprou et Lee, 2021</xref>) ; de plus, elles s’appuient sur des logiques d’appariement algorithmique volontairement opaques (<xref ref-type="bibr" rid="ref56">Pasquale, 2015</xref>). Ainsi, le but de la partie suivante est d’apporter une clarification à l’opacité de ces logiques.</p>
<p />
</list></sec>
<sec id="h1-ii--l-invisibilite-des-logiques-calculatoires-du-management-algorithmique"><title>II. L’invisibilité des logiques calculatoires du management algorithmique</title>
<p />
<p>Le terme de MA a été inventé par <xref ref-type="bibr" rid="ref3">Aneesh (2009)</xref> pour désigner une forme de contrôle du travail qui fonctionne « <italic>en façonnant un environnement […] dans lequel il n’existe que des alternatives programmées pour l’exécution</italic> » des tâches (p.71). Mais dans la littérature sur ce MA à l’égard du travail et de la GRH (<xref ref-type="bibr" rid="ref37">Kellog et al., 2020</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref42">Lee, 2018</xref>), ce terme est utilisé de différentes manières (<xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski &amp; Gerber, 2021</xref>) et suscite des controverses notamment quant à la place tenue par les algorithmes dans les relations de travail (Duggan et al., 2019). En conséquence, il convient de définir ce qu’est un algorithme.</p>
<p>Tout d’abord, la notion d’algorithme est très ancienne puisqu’elle date du 9° siècle ; elle a été inventée par le savant persan Al-Khwarîzmî qui a notamment mis au point l’Algèbre et ses méthodes de calculs systématiques (prémices du calcul algorithmique !), ainsi que la formule de résolution de l’équation du second degré (<xref ref-type="bibr" rid="ref9">Berry, 2020</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref35">Jean, 2019</xref>). En conséquence, même si pour le grand public, l’algorithme est indissociable du monde numérique, son histoire remonte, là encore, bien avant les applications pour smartphones et les premiers micro-processeurs ! Ensuite, comme « <italic>le pays des algorithmes n’est pas la destination préférée des Français </italic>» (p. 6) tant il est souvent mal décrit, voire pas défini du tout (<xref ref-type="bibr" rid="ref35">Jean, 2019</xref>), il est recommandé de donner la définition d’un « algorithme ». Selon le Larousse (2019), ce dernier désigne « un ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème énoncé au moyen d’un nombre fini d’opérations ».</p>
<p />
<p>En d’autres termes, un algorithme est une méthode générale pour résoudre tout type de problème ; il est dit correct lorsque, pour chaque opération réalisée, il se termine en produisant, de manière la plus efficiente possible, la bonne sortie (Flajolet &amp; Parisot, 2004). Le but d’un algorithme est ainsi de résoudre rigoureusement un problème posé, quelle qu’en soit sa nature. Par exemple, pour trouver rapidement et sans erreur la plus grosse courge sur l’étal d’un marché, il n’est pas nécessaire de faire de grands calculs mathématiques car il suffit d’un œil humain attentif et d’une méthode de tri astucieuse. En conséquence, tous les algorithmes ne sont pas numériques. Les spécificités d’un algorithme numérique sont qu’il se fonde sur la logique mathématique et que cette dernière est exécutée par un langage de programmation qui exploite la puissance de calcul des ordinateurs. En d’autres termes, un algorithmique numérique se définit selon le binôme {logique mathématique, langage de programmation}. </p>
<p />
<p>Ainsi, dans le cas des plateformes numériques de micro-travail, les logiques algorithmiques sous-jacentes s’appuient sur des modèles statistiques (i.e logique mathématique) et des règles de décision (i.e langage de programmation) qui fonctionnent sans intervention humaine explicite (<xref ref-type="bibr" rid="ref24">Eurofound, 2018</xref>). Toutefois, sur ce point de l’intervention humaine, <xref ref-type="bibr" rid="ref13">Cardon (2015)</xref> précise qu’un algorithme numérique a une signification bien plus large qu’on le croit car aujourd’hui, il participe à la nouvelle vague d’extension de la calculabilité en utilisant de gigantesques masses de données (les « big data ») et « traces » laissées par les internautes : « <italic>En rencontrant l’informatique, les chiffres sont devenus des signaux numériques (listes, boutons, compteurs, recommandations, fils d’actualités, publicité personnalisée, trajet GPS, etc.) qui habillent toutes les interfaces que, d’un clic, nous ne cessons de caresser. Ils pénètrent si intiment notre vie quotidienne que nous percevons mal les longues chaînes qui conduisent des sympathiques écrans colorés aux […] lointains serveurs de données.</italic> » (p.10).</p>
<p />
<p><xref ref-type="bibr" rid="ref41">Pour Latour (1990)</xref>, les logiques algorithmiques calculatoires des plateformes numériques de travail constituent la clé de voûte de véritables systèmes qu’il appelle « actants non humains ». Ces actants, appelés aussi « agents algorithmiques » (<xref ref-type="bibr" rid="ref68">Tomprou &amp; Lee, 2021</xref>), ont la capacité d’organiser de manière très subtile les relations sociales au travail (Orlikowski &amp; Scott, 2015) : ils ont non seulement la matérialité d’un objet calculatoire, mais ils fonctionnent aussi comme un système opaque qui fait agir et réagir les participants (<xref ref-type="bibr" rid="ref46">MacKenzie, 2019</xref>). Ils sont des « virtuels » qui génèrent toute une variété de « réels » (<xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al., 2020</xref>) ; ils sont compressés et cachés et nous ne les rencontrons pas de la même manière que nous rencontrons les règles traditionnelles qui régulent les rapports sociaux (<xref ref-type="bibr" rid="ref5">Beer, 2009</xref>, <xref ref-type="bibr" rid="ref6">2017</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref31">Gomes, 2018</xref>). Par exemples, <xref ref-type="bibr" rid="ref10">Beuscart et al. (2016)</xref> avancent que les environnements de travail en ligne constituent de nouvelles arènes dans lesquelles les évaluations des clients remplacent les formes traditionnelles d’évaluation de la performance ; <xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al. (2020)</xref> montrent, eux, comment le système algorithmique de eBay incite les vendeurs B to B à développer de nouvelles pratiques commerciales individualisées avec les acheteurs, cette individualisation permettant de faire face aux asymétries de pouvoir générées par les traitements algorithmiques de la foule anonyme des avis clients.</p>
<p />
<p>Ces exemples montrent que les logiques algorithmiques qui sous-tendent le fonctionnement des plateformes numériques peuvent être assimilées à un rôle de manager, voire de pouvoir, qui auparavant était assuré, pour <xref ref-type="bibr" rid="ref23">Duggan et al. (2019)</xref> et <xref ref-type="bibr" rid="ref68">Tomprou et Lee (2021)</xref>, par des cadres moyens ou supérieurs. Ces nouvelles pratiques, basées sur des logiques algorithmiques opaques sont regroupées sous le vocable de MA (<xref ref-type="bibr" rid="ref19">Danaher et al., 2017</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref34">Jarrahi et al., 2021</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref42">Lee, 2018</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref49">Möhlmann &amp; Zalmanson, 2017</xref> ; Schildt, 2017). <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Pour <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski et Gerber (2021)</xref></xref>, ce vocable est souvent utilisé de différentes manières dans les recherches qui étudient le travail dans l’économie des plateformes et notamment les formes de contrôle exercées sur les travailleurs : contrôle direct ? indirect ? Pour autant, les interactions en face en face sont de plus en plus remplacées par des médiations algorithmiques qui perturbent le droit du travail (<xref ref-type="bibr" rid="ref31">Gomes, 2018</xref>) et la protection des travailleurs en particulier.</p>
<p />
<p>Au terme de cette partie, il convient de retenir que les algorithmes représentent l’unité centrale des plateformes numériques de travail (<xref ref-type="bibr" rid="ref27">Flichy, 2019</xref>). Concrètement, ils « travaillent » en continu 24 h/24 et 7j/7 ; ils permettent ainsi d’associer, à tout moment, un travailleur, identifié numériquement, à une tâche à réaliser, tout en assurant la médiation et en surveillant de près le travail effectué (<xref ref-type="bibr" rid="ref29">Gandini, 2019</xref>). Par exemple, « <italic>Lorsque les travailleurs s’inscrivent sur MTurk<sup><xref ref-type="fn" rid="4">4</xref></sup>, on leur attribue un identifiant alphanumérique qui rend les travailleurs invisibles, anonymisant ainsi les relations sociales de travail sous-jacentes</italic>. » (Bergvall-Kareborn &amp; Howcroft, 2014, p.218). Cette organisation représente une nouvelle forme de gouvernance que Rouvroy et Berns (2013) nomme « Gouvernementalité algorithmique ». En référence au panoptique de Bentham (1791), approfondi par <xref ref-type="bibr" rid="ref28">Foucault (1975)</xref>, cette gouvernementalité a un certain pouvoir d’invisibilité — voir sans être vu — sur la gestion des médiations du travail en ligne : elle génère ainsi de nouvelles asymétries de pouvoir pour lesquelles des études empiriques seraient nécessaires pour comprendre comment les travailleurs en ligne pourraient s’approprier ces nouvelles asymétries (<xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al., 2020</xref>). De plus, elle désigne de nombreuses formes variées d’activités managériales (<xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski &amp; Gerber, 2021</xref>) dont les travailleurs du clic dépendent : elles sont donc, elles, très visibles pour ces derniers. La partie suivante les passe en revue.</p>
<p />
</sec>
<sec id="h1-iii--la-visibilite-des-fonctionnalites-du-management-algorithmique"><title>III. La visibilité des fonctionnalités du management algorithmique</title>
<p />
<p>Comme nous venons de le voir, le MA des plateformes numériques bouleverse les relations sociales qui fonctionnent désormais selon la triade : offre, demande, « actant » plateforme (<xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al., 2020</xref>). Plus précisément, il change les manières de surveiller et contrôler les travailleurs (<xref ref-type="bibr" rid="ref59">Rosenblat &amp; Stark, 2016</xref>), de les évaluer (<xref ref-type="bibr" rid="ref58">Rosenblat, 2018</xref>), voire même de les recruter ou de les licencier (<xref ref-type="bibr" rid="ref14">Cascio &amp; Montealegre, 2016</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref65">Susskind &amp; Susskind, 2015</xref>). Ce recours au MA est motivé par la disponibilité des données et plusieurs croyances sur les bénéfices potentiels des données (<xref ref-type="bibr" rid="ref13">Cardon, 2015</xref>) ; en outre, certaines études montrent que les données peuvent améliorer la qualité des décisions et que l’automatisation des décisions peut stimuler l’efficience et l’évolutivité (Mayer-Schoenberger &amp; Cukier, 2012 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref55">Parry al., 2016</xref> ; Schildt, 2017). </p>
<p />
<p>Sur ce dernier point et dans le cadre d’une recherche sur les plateformes de services localisés (Uber, Deliveroo, etc.), les travaux <xref ref-type="bibr" rid="ref23">de <xref ref-type="bibr" rid="ref23">Duggan et al. (2019)</xref></xref> avancent effectivement que la performance sociotechnique des systèmes algorithmiques actuels permet d’imaginer que certaines activités, réalisées habituellement par des spécialistes du travail et des ressources humaines, seront faites par des systèmes algorithmiques qui prendront des décisions sans implication humaine explicite. <xref ref-type="bibr" rid="ref16">Casilli (2019)</xref> et <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski et Gerber (2021)</xref> mettent en garde contre ce déterminisme technologique qui risque de simplifier à l’excès la variété et la spécificité des pratiques managériales numérisées, notamment dans le cadre des plateformes de micro-travail qui proposent un large éventail de tâches allant de très peu qualifiées à très qualifiées. En outre, <xref ref-type="bibr" rid="ref68">Tomprou et Lee (2021)</xref> précisent que des recherches empiriques sont nécessaires pour expliciter les multiples fonctions du MA ainsi que son impact complexe, voire paradoxal, sur les relations sociales. </p>
<p />
<p>D’ailleurs, au-delà de la multitude de formes que peut prendre le MA, il ressort de la littérature trois fonctions managériales génériques : </p>
<list list-type="bullet"><list-item><p>Surveiller et contrôler (cf. l’étude de Rosenblat &amp; Stark [2016] par exemple) ; </p>
</list-item><list-item><p>Évaluer (cf. celle de Orlikowski &amp; Scott [2014] par exemple) ;</p>
</list-item><list-item><p>Décider (cf. celle de Tomprou &amp; Lee [2021] par exemple).</p>
</list-item><p />
<p>Pour chacune de ces fonctions, <xref ref-type="bibr" rid="ref37">Kellog et al. (2020)</xref> ont identifié deux mécanismes qui opérationnalisent très concrètement ce management virtuel :  </p>
<list-item><p>Ceux de récompense et de punition pour la première fonction ;</p>
</list-item><list-item><p>Ceux d’enregistrement/traçage de chaque clic et de notation par la foule pour la seconde ;</p>
</list-item><list-item><p>Ceux d'imposition des décisions et de leur mise en oeuvre autoritaire (sans choix possible<sup><xref ref-type="fn" rid="5">5</xref></sup>) </p>
</list-item><p>Il convient de souligner que ces six mécanismes permettent de rendre plus visibles et de mieux appréhender les activités d’un algorithme « au travail ».</p>
<p />
<p>Plus précisément, s’agissant de la première fonction de surveillance et de contrôle, les études empiriques montrent que les mécanismes de récompense et de punition génèrent de nombreuses approches de contrôle allant d’un contrôle direct à un contrôle indirect (<xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski &amp; Gerber, 2021</xref>). Pour ces auteurs, le contrôle direct est inspiré de l’approche taylorienne du travail ; il est automatisé et consiste, par exemple, à vérifier si les travailleurs remplissent les critères requis (la langue, les scores passés de performance, etc.) avant de leur attribuer des tâches (<xref ref-type="bibr" rid="ref33">Irani, 2015</xref>). Dans le cas de l’entreprise Upwork, <xref ref-type="bibr" rid="ref23">Elmer et al. (2019)</xref> et <xref ref-type="bibr" rid="ref38">Kittur et al. (2013)</xref> ont montré que le MA consiste à prendre des captures d’écran du bureau et à compter les frappes au clavier afin de s’assurer que le travailleur en ligne est réellement actif : une telle gestion peut être qualifiée de « taylorisme numérique » (Altenried, 2019 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref38">Kittur et al., 2013</xref>).</p>
<p />
<p>Le contrôle indirect, lui, repose essentiellement sur des systèmes de classement et de réputation (Kellogg et al., 2019). Les études montrent que ces systèmes stimulent l’engagement et l’autonomie (<xref ref-type="bibr" rid="ref25">Fieseler et al., 2019</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref59">Rosenblat &amp; stark, 2016</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref72">Woodcok &amp; Johnson, 2018</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref71">Wood et al., 2019</xref>). Dans le cas des plateformes de micro-travail, « <italic>le contrôle est opéré à la fin du processus de travail plutôt que pendant celui-ci</italic> » (p.64), ce qui diffère de l’approche taylorienne du travail (<xref ref-type="bibr" rid="ref71">Wood et al., 2019</xref>). <xref ref-type="bibr" rid="ref29">Gandini (2019)</xref> précise aussi que la réputation devient le « capital social » des travailleurs indépendants. <xref ref-type="bibr" rid="ref61">Schörpf et al. (2017)</xref>, ont montré le rôle décisif des systèmes de classement et de réputation dans la motivation de ces travailleurs, dans leur visibilité à l’égard des clients, dans l’incitation à faire du travail non rémunéré, etc. Plus largement, le contrôle indirect réalisé par de tels systèmes s’inscrit dans des recherches sur la gamification au travail. Par exemple, celles de <xref ref-type="bibr" rid="ref29">Gandini (2019)</xref> et de <xref ref-type="bibr" rid="ref43">Lehdonvirta (2018)</xref> ont montré que les récompenses et les objectifs quotidiens présentés de manière visible et ludique ont des effets concrets sur la productivité et la performance au travail.</p>
<p />
<p>S’agissant de la deuxième fonction d’évaluation, les études empiriques montrent que les mécanismes de traçage et de notation (par la foule) changent les relations sociales de travail (Orlikowski &amp; Scott, 2015) ; les systèmes algorithmiques évaluent effectivement la performance en fonction de métriques définies (Orlikowski &amp; Scott, 2014) et de commentaires écrits anonymes (Pavlou &amp; Dimoka, 2006 ; <xref ref-type="bibr" rid="ref64">Sternberger, 2018</xref>) qui génèrent une asymétrie de pouvoir pour les travailleurs. Dans l’étude de <xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al. (2020)</xref> sont analysées les stratégies des commerciaux indépendants B to B (belges et français) travaillant sur la plateforme eBay pour contourner son management algorithmique d’évaluation, cette dernière entravant leur libre arbitre et exacerbant les pratiques concurrentielles. De cette étude qualitative menée auprès de 77 vendeurs professionnels, il ressort que les mécanismes d’évaluation renforcent l’anonymat et isolent les visibles tant les travailleurs ont l’impression d’une coalition implicite entre le propriétaire de la plateforme et leurs clients ; en d’autres termes, le management algorithmique d’évaluation décourage les pratiques collectives des travailleurs au profit de pratiques individuelles qui s’appuient sur les mêmes mécanismes d’évaluation en profilant les clients hostiles, de mauvaise foi ou profiteurs. Sur ce résultat de développement de pratiques individuelles, nous constatons qu’il est proche des conclusions de <xref ref-type="bibr" rid="ref29">Gandini (2019)</xref> sur le « capital social » que les travailleurs indépendants peuvent développer dans le cas d’un management algorithmique de contrôle et surveillance.</p>
<p />
<p>S'agissant de la troisième fonction de décision, les études empiriques montrent que les mécanismes d'imposition des décisions et de leur mise en œuvre autoritaire (sans choix possible) influencent la manière dont les travailleurs en ligne perçoivent et vivent leurs relations de travail (Duggan et al., 2019). En effet, le MA, éliminant les aspects les plus interpersonnels et empathiques de toute gestion incarnée, supprime ainsi toute possibilité de défendre des besoins et d’entretenir une relation de travail équilibrée (<xref ref-type="bibr" rid="ref30">Gilbert et al., 2011</xref>) et régulée par la protection sociale (<xref ref-type="bibr" rid="ref70">Vandaele, 2018</xref>). Par exemple, dans le cas des plateformes de services localisés, la recherche de <xref ref-type="bibr" rid="ref40">Kuhn et Maleki (2017)</xref> sur la gestion du temps de travail conclut que l’agent algorithmique décisionnel restreint le choix des travailleurs en leur recommandant des horaires qui correspondent à des fortes demandes ; la conclusion est la même pour la recherche de <xref ref-type="bibr" rid="ref72">Woodcock et Johnson (2018)</xref> qui a étudié le lieu de travail : en fonction de métriques définies, il est recommandé aux travailleurs de se trouver dans les zones à forte demande et des « coups de pouce économiques » (<xref ref-type="bibr" rid="ref59">Rosenblat &amp; Stark, 2016</xref>) les incitent à bouger. <xref ref-type="bibr" rid="ref62">Slee (2017)</xref> compare ce type de gestion décisionnelle au « Patron de l’enfer ». À l’inverse, les résultats de la recherche qualitative de <xref ref-type="bibr" rid="ref68">Tomprou et Lee (2021)</xref> sur les contrats psychologiques, entre une organisation de travail et ses travailleurs, sont plus nuancés car, dans le cas de contrats non respectés (attribution de tâches non convenues par exemple), le travailleur a clairement exprimé sa préférence d’échanger avec un agent algorithmique.</p>
<p />
<p>En conclusion de ce premier article, les résultats contrastés des différents travaux sus mentionnés incitent à mener de nouvelles recherches sur la place et l’impact des fonctionnalités visibles du MA à l’égard des relations sociales et des travailleurs du clic. Dans cette perspective, pour la fonction de contrôle, <xref ref-type="bibr" rid="ref39">Krzywdzinski &amp; Gerber (2021)</xref> invitent à tenir compte de la variété des contrôles réalisés par les plateformes numériques de crowdwork, du direct à l’indirect ; à ne pas considérer cette variété entrainerait le risque de passer à côté d’une multitude de travailleurs qui « <italic>refusent la subordination, tiennent à leur autonomie et à leur singularité, mais sont prêts à se mobiliser pour une transparence des algorithmes, pour une protection sociale proche de celle des salariés</italic>. » (<xref ref-type="bibr" rid="ref27"><xref ref-type="bibr" rid="ref27">Flichy, 2019</xref>, p.203</xref>). Pour la fonction d’évaluation, <xref ref-type="bibr" rid="ref18">Curchod et al. (2020)</xref> proposent de poursuivre des recherches sur le monde post-panoptique qu’incarnent les plateformes de crowdworking. Pour la fonction de décision, <xref ref-type="bibr" rid="ref23">Duggan et al. (2019)</xref> appellent à une réflexion éthique et plus critique sur les conséquences du MA sur les relations de travail et sur la manière dont la gestion des ressources humaines, en tant que fonction et discipline, devrait réagir et évoluer. </p>
<p>Le droit du travail aurait un rôle à jouer sur la protection des travailleurs du clic qui sont finalement, et de manière paradoxale comme nous venons de l’expliciter, très dépendants du MA des plateformes numériques de micro-travail. Cependant, à l’heure actuelle, son application aux micro-travailleurs est loin d’être acquise. Il nous reste le droit à la protection des données à caractère personnel. Pourrait-il assurer une protection aux micro-travailleurs face aux fonctions visibles du MA invisible ? C’est l’objet de la partie II, cette partie constituant l’article suivant.</p>
<p />
</list></sec>
</body>
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<fn-group><fn id="1"><p> Le TCP (Transmission Control Protocol) vise à normaliser les échanges entre ordinateurs sur les différents types de réseaux ; le IP (Internet Protocol) gère la transmission des paquets à la bonne adresse du message.</p>
</fn><fn id="2"><p> Selon Berners-Lee et Caillau (1990), le web 1.0 repose sur trois éléments essentiels :</p>
<list list-type="bullet"><list-item><p>Une adresse unique identifiable par toutes les machines du réseau pour localiser chaque document ; sa forme est une URL (Uniform Ressource Locator) ;</p>
</list-item><list-item><p>Un principe de lien pour relier et afficher ces documents (il s’agit du langage informatique de balisage appelé HTML (HyperText Markup Language) ;</p>
</list-item><list-item><p>Un protocole spécifique de transfert de données et compatible avec le protocole TCP-IP (pour gérer les liens) : le HTTP (HyperText Transfer Protocol).</p>
</list-item></fn><fn id="3"><p> Ce choix explique notamment la stratégie dominante du moteur de recherche Google qui, avec la puissance de son algorithme Page Rank tenu secret, oriente 80 % des requêtes formulées sous forme de mots clés (<xref ref-type="bibr" rid="ref11">Boullier, 2016</xref> ; <xref ref-type="bibr" rid="ref12">Cardon, 2013</xref>).</p>
</fn><fn id="4"><p> Mturk désigne Amazon Mechanical Turk ; il est une plateforme de micro-travail qui a la spécificité de proposer des micro-tâches chichement rémunérées à réaliser en ligne (anonymiser un CV par exemple). </p>
</fn><fn id="5"><p> Il n’y a plus de liberté de choix</p>
</fn></fn-group><ref-list><ref id="ref1"><label>1</label><mixed-citation><name><surname>Adam</surname><given-names>N.</given-names></name><year>2007</year><article-title>L’ICANN et la gouvernance d’Internet : une histoire organisationnelle</article-title><source>Cahier de recherche</source><volume>7</volume><page-range>01</page-range></mixed-citation></ref>
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